Présenté hasardeusement comme « isolationniste » après avoir superbement ignoré l’Afrique au cours de son mandat de 2016/2020, Donald Trump, entame son retour à la maison blanche par une stratégie qui renvoie à un changement de paradigme sur le plan géopolitique.
Ainsi, pour de nombreux observateurs, la diplomatie de Trump, prend une tournure interventionniste, y compris là ou on ne l’attend pas.
C’est dans cette dynamique qu’il faut replacer l’invitation à la maison blanche de cinq (5) chefs d’états africains : Mohamed Cheikh El Ghazouani (Mauritanie), Bassirou Diomaye Faye (Sénégal), Umaru Sissoco Embalo (Guinée Bissau), Joseph Boakai (Libéria) et Brice Clotaire Oligui NGuema (Gabon).
Ces leaders ont séjourné à Washington du 09 au 11 juillet 2025.
Première remarque concernant la particularité de ces pays, les bénéficiaires du carton d’invitation de l’imprévisible occupant du bureau ovale dirigent des états avec un repère géographique commun, qui ne peut être anodin : une façade maritime sur l’océan Atlantique.
Un autre fait frappant dans la grille d’analyse de ce qui pourrait être les motivations de la nouvelle administration américaine : aucune présence des dirigeants des plus grandes économies de l’Afrique, parmi ces illustres invités.
On peut parier que les plus grosses pointures seront sollicitées plus tard, mais l’homme d’affaires, recyclé dans la politique, déroule ainsi une stratégie lui permettant de faire du business avec tous les pays africains, mais un format choisi : en ordre dispersé.
Ce qui réduit les chances du continent de peser plus lourd sur sa destinée commune, que s’il avait abordé les enjeux en rang serré face à un partenaire surpuissant.
Riches en ressources naturelles
Les autres particularités convoquent les richesses naturelles, donc le business à travers l’investissement et le commerce.
La Mauritanie, deuxième producteur africain de minerai de fer, exporte également de l’or, du cuivre, avec l’énorme potentiel d’un territoire qui recèle près de 1000 indices miniers, et exploite depuis peu, un projet gazier commun avec le Sénégal, lui-même nouveau producteur de pétrole.
Dans le même ordre d’idées, on peut ajouter que le Libéria et le Gabon sont immensément riches en ressources naturelles.
Autre particularité qui ne peut relever du hasard : ces personnalités africaines se sont retrouvées à Washington dans un format, annoncé abusivement comme un mini sommet, mais dont les différentes séquences renvoient à une série d’entretiens bilatéraux, essentiellement dominés par le business, véritable mantra du revenant du bureau ovale, et des questions de sécurité, entre l’expansion du terrorisme au Sahel, région dans laquelle se situent la Mauritanie et le Sénégal, mais aussi très proche de la Guinée Bissau.
« L’intérêt majeur pour Washington, c’est de contrer Pékin »
Une autre dimension de l’insécurité évoquée pendant ces 3 journées, concerne le problème de la piraterie maritime dans le golf de Guinée, source de vive inquiétude pour le nouveau locataire du palais de la bordure de mer de Libreville, le président NGuema.
Rencontre sans communiqué final
Autre fait inédit par rapport à l’épilogue de ces 3 jours d’échanges : la rencontre de Washington n’a pas été sanctionnée par le traditionnel communiqué final.
Mais elle a permis « d’identifier d’importantes opportunités d’investissements pour les entreprises américaines en Afrique ». Un enjeu capital, car pour l’administration, tout passe par le business, la mise en relation entre entreprises des 2 côtés, qui ouvre de belles perspectives.
Ce pari sur l’avenir compense l’absence de résultats immédiats et palpables.
Tournant symbolique d’une orientation très forte
Interrogé sur les retombées prévisibles de la visite à Washington de ces 5 chefs d’états africains, Adama Wade, directeur de publication de « FINANCIALAFRIK » propose la grille de lecture « de la symbolique d’une orientation très forte de la diplomatie américaine sous Donald Trump II, qui repose les transactions, les négociations et le positionnement dans la course aux matières premières de l’Afrique.
L’intérêt majeur pour Washington, c’est de contrer Pékin, prendre possession de certaines ressources : les matières critiques comme le fer, l’or, mais aussi autant de minerais stratégiques, le pétrole du Golf de Guinée qui est devenu une alternative, un complément par rapport à la production du Golf arabo persique.
Il s’agit de renforcer la relation entre les Etats-Unis et ses voisins maritimes immédiats, de l’autre versant de l’océan Atlantique et essayer de leur faire signer certains accords pour juguler le flux migratoire, en souvenir d’une thématique très forte de la campagne du président Donald Trump contre ce phénomène. Une promesse de campagne qu’il voudrait bien réaliser et cela passe par la signature d’accords avec certains pays africains.
Par ailleurs, il y a les enjeux liés aux négociations commerciales après la suspension de l’AGOA et l’incertitude par rapport à une éventuelle reconduite de cet accord au mois de septembre. Le gouvernement américain pourrait signer des accords préférentiels pour l’importation de certaines matières premières. Mais dans le cas de la Mauritanie, qui n’est pas une grande exportatrice de produits artisanaux, l’AGOA n’est pas une prioritaire. Pour les Sénégal et les autres pays, il s’agit de renégocier pour un soutien fort en vue d’un rétablissement de l’accord précité » qui était en vigueur depuis le début des années 2000.
Approche « trumpiste »
Commentant le déplacement de ces 5 présidents africains à Washington, Hassan ould MBoirick, expert dans le domaine du pétrole et gaz, relève « un nouveau paradigme basé sur une approche trumpiste des relations bilatérales, qui doivent reposer sur le business et non l’aide.
Une telle optique inaugure une nouvelle orientation avec les Etats-Unis, des relations aux calculs ouvertement mercantilistes, au premier chef.
Preuves, les discussions bilatérales avec chacun de ces 5 pays africains, avaient en toile de fond les richesses naturelles respectives des états.
Ainsi, on était davantage dans une espèce de négociation commerciale que dans une stratégie de consolidation de relations entre états.
Dans le cas de la Mauritanie, c’était par exemple le renforcement de la coopération avec le secteur privé américain dans les domaines du gaz et de l’énergie, sur fond de sécurité au Sahel.
Pour le Sénégal, il s’agissait d’explorer les voies et moyens pour accroitre le commerce et les investissements américains. Avec le Libéria, c’est surtout les mines qui intéressaient le nouveau locataire de la maison blanche.
De mon point de vue, au-delà de son côté mascarade noté lors du déjeuner à la maison blanche, ce mini sommet n’aura pas un impact majeur sur le renforcement des relations d’affaires entre l’Amérique et le continent africain. Par ailleurs, j’ai la crainte d’une approche contre productive à plus ou moins brève échéance, de l’administration Trump, qui dissimule mal d’autres desseins géostratégiques à l’échelle mondiale

